Ça se passa comme ça
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Aussi longtemps que l’on puisse se souvenir, la région de la Montagne Noire avait toujours été rempli de moult mystère. Particulièrement autour de la Croix de la Roque, près de là où j’ai grandi. Enfant, notre père nous avait souvent fait bourlinguer par les chemins forestiers qui sillonnent les flancs et les hauteurs de notre montagne, mon frère et moi. Il nous avait fait découvrir cette région, en nous faisant nous aventurer dans ses coins reculés et mystiques, et révélé les particularités de notre nouveau chez-nous.
La Montagne Noire se distingue par sa densité, allant de sa canopée à son sous-bois. C’est une montagne aux bois bruissants, et aux sentiers sinueux, sombres. Sa terre y est fertile et de nombreuses choses y poussent.
Les habitants qui la peuplent sont frustes, soumis aux superstitions, loquaces de leurs histoires locales et de croyances occultes. On peut mettre ça sur le compte de la composition et l’environnement de cette population. En effet, elle est très diverse et métissée culturellement, par les différentes vagues de migration interne et externes, de l’antiquité jusqu’à nos jours. Gaulois-Romain, Albigeois-Aragonais, peuple Occitans et Catalans, réfugiés de Franco et Mussolini, Gitans, Roms et Maghrébins… Tous font partie de l’ADN de la région. Ainsi les Cathala, Alquier, Tenrero, Al-Hadj et tant d’autres brassent de leurs croyances personnelles un bouillon de culture occulte et ésotérique abondant dont les gens de la région s’abreuvent goulument. Le distillat quasi religieux de cette soupe culturelle nourri bien des esprits fertiles et crédules.
Djinns, esprits druidiques, Saturne en rétrograde, mythologie ayurvédique… Tout le monde y va de son trait pour écrire la page du mysticisme local et il suffit de se balader dans un hameau reculé pour y extraire quelques mythes locaux. Ici, un arbre qui aide à tomber enceinte ou un rocher qui permet de trouver l’amour, là-bas, une grotte dont l’eau permet de soigner la goute ou une fleur qui aide à guérir de l’acné. Une maison hantée ici, une forêt maudite là, ou un cimetière dans lequel les morts sont toujours en mouvements… Il est des endroits qui révèle à l’Homme sa véritable nature ; ou qui leur feront revivre leurs pires cauchemars.
La région s’y prête bien : elle est relativement isolée et la forêt dense attise le mystère. Les petits lieux-dits parsèment la vallée et la vie dans ces isolats est un terreau parfait pour l’imagination. Ceci dit, j’aimerais m’attarder à un hameau qui m’intéresse en particulier. Malgré qu’il s’y passa quelques événements troubles, dont un particulièrement notable, j’y arrive, il reste relativement peu connu de nos jours. En effet, son nom fut tant synonyme de bizarreries, que personne n’osa plus jamais en prononcer le nom, et son existence tomba alors heureusement dans l’oubli. J’aimerais que l’on s’y attarde maintenant et pour ça, il faut pas mal revenir dans le passé.
Ainsi, niché caché sous la falaise, surplombé par la Croix de la Roque, il y avait un hameau en totale déréliction. Il portait le nom de “Métairie sous la croix”. Ce n’est pas un endroit qui apparait sur les cadastres. Il avait été fondé il y a plus d’un siècle et demi par un groupe de fermiers mobilisé pour les campagnes Napoléoniennes notamment en Crimée. Ces soldats, ayant déserté les terres de l’est, étaient retournés dans leurs terres. Ils étaient trois, rejoint par un quatrième lors de leur retraite.
De retour au bercail, le reste des villageois avait étés perplexes : pourquoi ces hommes-là étaient de retour si tôt ? Les rumeurs provenant de l’est ne donnaient pas à penser à une déroute ou à ce que la conquête fût achevée, bien au contraire. Moult questions avaient été posées, mais jamais personne n’avait pu extraire de ces hommes ne serait-ce qu’une once d’information sur le sujet. Pire même, avait été la réaction de ces derniers lorsque les villageois évoquait la campagne de Crimée à voix haute.
En effet, les hommes se mettaient à avoir une réaction extrêmement particulière, un violent mouvement de la tête vers l’avant et leurs yeux s’écarquillaient. Leur réaction était accompagnée d’un drôle de bruit de gorge comme si l’évocation de ce mot leur provoquait une puissante sensation de dégout. Une sorte de EUUURRG, avec la langue qui sortait de leurs bouches. Ensuite, ils tremblaient comme une feuille et préféraient s’isoler un moment. Cette réaction, incontrôlable, avait initialement interloqué puis avait fait rire. Au tout début les enfants s’étaient pris à la blague de les faire réagir aux moments les moins opportuns, dans la rue, les magasins, au détour d’un chemin. Ç’avait été un passe-temps favori de ces filous pendant un été, mais la perception globale avait vite changé. Ce n’était plus comique, c’était terrifiant.
Le fait que leur réaction était garantie et si intense était saisissante. Elle donnait la chair de poule et faisait monter un frisson le long de la nuque des villageois à chaque fois qu’ils étaient témoins d’une de ces scènes. Ainsi les quatre pauvres bougres avaient rapidement été écartés et méprisés, poussé le plus loin possible du village. Le vent de pitié était passé, vint le courroux des Hommes, terrifiés qu’ils étaient.
Alors, les quatre compagnons d’infortune avaient décidé de s’isoler loin d’eux, et ils avaient fondé un havre dans lequel ils seraient en sécurité. Et donc, ayant construit leurs maisons là-bas, au flanc de la falaise, isolé des autres, ils furent lentement oubliés. Personne ne sût exactement ce qu’il advint de ces quatre comparses malchanceux et de leur hameau, qui traversa dans l’ignorance la plus totale les insurrections, les guerres et l’avènement du monde moderne. Personne ne devait s’y intéresser jamais plus, mais leur misère allait imprégner les lieux.
Au printemps 86, un groupe de chasseurs étaient tombés par hasard sur un puits en pierre en plein milieu d’un bois. Cela faisait des heures qu’ils chassaient dans la forêt, et qu’ils cherchaient un des chiens qui s’était perdu. Ils l’avaient recherché pendant un moment et au bord d’une falaise, ils avaient rencontré cette construction humaine qui semblait jurer avec l’endroit. Clairement, ce lieu avait accueilli la vie. Ils avaient discuté entre eux pour comprendre à qui pouvait avoir appartenu cette parcelle de terrain.
“Le père Calas avait eu un champ dans lequel il faisait paître quelques menus brebis”. Mais l’un des chasseurs, le gendre d’un fils d’un cousin par alliance, avait notifié que la parcelle Calas était forcément plus basse et que de toute façon, c’était boisé, mais pas une forêt entière. On ajoutait ensuite que si on était en haut de la parcelle de Calas, on devait être dans le marais situé sous la croix. Or, le sol ne paraissait pas marécageux. Heureusement, dit l’autre, car on disait que l’air y était vicié et l’endroit maudit. D’ailleurs, personne n’y allait pour cette raison.
On disait que la croix y avait été installé pour justement purifier le lieu. Au temps plus ancien, une mission catholique y avait été conduite par le clergé du coin pour y installer une croix. Soi-disant, elle permettait “d’éclairer” la vallée qu’elle surplombait. Les chasseurs s’en foutaient bien eux, les un ne pratiquait pas et les autres étaient protestants. D’ailleurs, les culs bénits avaient fait un peu scandale dans cette région hautement diverse religieusement qui aurait préféré qu’on laisse ces lieux tranquilles, il ne faudrait pas réveiller la Bête du coin.
Puis l’un des chasseurs, qui était allé pisser et qui revenait vers le groupe fusil sur l’épaule, fit remarquer qu’un bâtiment en semi-ruine était là-bas, sur la droite, et aussi un lavoir. Et de demander si ce n’était pas le terrain du vieux Calas. Et ils répondirent que non, on en avait déjà discuté, ils devraient être plus haut, dans le marais au-dessous de la croix. Bah, c’est pas marécageux, dit l’autre. Oui, on sait, c’est bizarre, et on s’en fout, on ne va pas y passer trois plombes. On est là pour récupérer le chien, après, on se casse, ici ça fout les jetons.
Pourtant en y regardant de plus près, on pouvait effectivement y voir un corps de ferme sur la droite. C’était une assez grosse construction de pierre sèche sur deux étages qui était engoncée dans une combe sombre et humide. On y devinait une route venant de la gauche qui s’arrêtait devant. Pas loin, se trouvait une source, actuellement à sec qui desservait un lavoir en ruine.
Les hommes perdirent patience et partirent sauf le malheureux dont le chien manquait et qui ne tarderait pas à le retrouver.
À gauche, il voit une charrette qui est dans un état de décomposition avancée et seule reste un essieu qui gît au sol. À droite, un bâtiment dont il ne reste que les quatre murs. Le corps principal est au milieu. Il s’approche du bâtiment.
Le chambranle est solidement bâti, l’arche est faite d’une pierre taillée grossièrement, sombre et rugueuse. Le toit s’est écroulé sur le premier étage seul le rez-de-chaussée est épargné. Il pénètre dans l’entrée, sa vue prend un petit moment à s’habituer à l’obscurité.
Les murs sont sombres, luisant et trempés d’un liquide sirupeux s’écoulant vers le sol. Leur texture est celle d’une dentelle mouillée qui pend comme des morceaux de chair. Au sol, une couche grasse de matière organique gorgée de liquide purulent s’accumule, formant des strates grasses qui enrobe les objets de la pièce. C’est une pièce large, pièce large, on y devine ici et là des meubles ensevelis de matière répugnante. Les meubles étaient agencés de manière logique, comme ci la pièce était toujours habitée ou comme si elle avait été quittée -p-réci-p-itamment. On devine sur les murs des objets suspendus, mangés par le temps et l’humidité. Au centre de la pièce, une cheminée monumentale dégueule une substance noirâtre répugnante qui bouillonne au sol telle une coulée de lave organique. Ses yeux doivent lui jouer des tours, car il remarque que la masse bouge sur elle-même.
L’odeur est nauséabonde,
L’odeur est nauséabonde,
L’odeur est nauséabonde, il ne s’en rend compte qu’après avoir ppénétré dans la ppièce difficilement au travers du jus immonde au sol. Elle lui agresse les narines et il flotte dans l’air une sorte de ppollen qui donne à l’atmosphère une qualité sirupeuse.
C’est à droite qu’il entend les couinements d’une bête apeurée. Ils filtrent au travers une pporte rongée jusqu’à l’os, le bois mité, les pplanches en lambeaux laissant l’obscurité s’échapper de la ppièce derrière. Il voit que la ppoignée est au sol et marche laborieusement vers l’encadrement, titubant à contre-courant contre la vague de détritus qui écume de sous la pporte. Il appuie d’une main sur celle-ci ; elle cède difficilement. Le grincement est effroyable. Il regarde dans le centre de la ppièce, mais le vide lui agresse les yeux. L’abîme ppénètre sa rétine, puis sa vision s’éclairci. Au milieu de la ppièce, une masse informe semble bruisser. Elle est ppartiellement recouverte d’une couche de matière, mais il voit une forme ressemblant vaguement à un ~ ~ ~ ~ ~~ allongé au sol. Il s’approche et saisit de drap de chair et le retire d’un coup sec.
Sa vision s’obscurcit instantanément, un bras d’obscurité poignarde ses iris et s’infiltre dans son esprit. Les décharges activent son cerveau à cent à l’heure. Ses yeux se révulsent et il se tend comme un arc, suspendu. Il voit le jardin de son enfance. La boue lui enserre les jambes comme une ceinture de mains puissantes. Des gifles de terre lui brisent le front. Il entend la voix de son père qui beugle des phases pleines de maux. Une portière de voiture claque. Les doigts de sa main se retournent contre le dos de sa main ; comme quand son frère lui faisait. Un coup de règle à l’arrière du crâne, PASSÉ SIMPLE ! - c’est pas simple. Un compas dans l’œil et de l’encre plein les doigts. Un prof dégueule des morceaux de dents qui lui lacèrent les joues. Il tente de s’extirper des chaines ; pris au collet dans les phares
Les rasoirs hachent ses mains et son ventre, comme des branchies de poissons à vif, rouges. Elles respirent.
Un œil regarde la scène, esprit frappeur tapageur. Le génie chauve sort du bois, le loup blanc. Fou - chèvre - cabourd sont les mots des ancêtres, cabriole ? Le fil fuse, vol vil. La vie étiole le fils. Vipères
Et la pluie qui tombe sur son visage en lames, de vagues larmes de Mère et de Sœurs
Ses cheveux se hérissent sur son cuir qui se décolle de sa boite crânienne. Ses gencives explosent en couteaux qu’il saisit. Il tue son Pp~~~~~ pp~~~
Pierre propres, piètres potes, paître épeautre, portes prêtes, autres pierres, pire pleutre, pique et pèche, prends perds, plaire, paires, per pr perr p propre p p ppp.
Il n’y a plus d’ombre dans le noir, tout est sombre. Il est recouvert d’une couche de chair. Tout va EUUURRG
bien et toi?
Ça va, ça va
EUUURRG OKOKOKOKOKOK EUUURRG
Il est la bosse, masse, ramassis amassé sans messe basse, mousse. Mis à mort. Le chien, las, l’os, le sien. Rossé, rosé. Chère chair cautère - colère ; ire rationnelle. Tombe bombée, tombé. Blessé, rabaissé. Honte ancestrale, conte familial. Coup de trique inique, biblique : il n’en restera Caïn. Crise comitiale > Grand Mâle. Trou abyssal lit vide. Puis, fort, puits d’or. Homme sans tort restaure son sort : s’en sort. Son corps en fleur, efforts RETORD. Tords le cou du voyou fou. Envois le Père paître, comparaître ; va te faire mettre, Maître ! Renaître honnête, homme net, droit, croîs. Quitte le cimetière, lumière ? Nu hier, conquière. Guerrier à crinière
Relève-toi homme,
Homme
Soit le père qu’y ne s’y perd. Ci-gît, lui, sans toi. Soit mieux, soigne-toi, soit.
Alors, il avait ouvert les yeux, et s’était retrouvé allongé devant la porte d’une ruine qui ne payait pas de mine, son chien lui léchant le visage pour le réveiller. Il se sentait mieux. Il s’était levé, et il rentra chez lui.